" La musique de Thierry Epiney ? Souriante comme lui-même, pétillante, multicolore, positive, intelligente et incroyablement bien faite."
Marc Kissoczy
chef d’orchestre
Composer, c’est entendre
Je compose pour l’image, la scène et les grands rendez-vous publics. Ce qui m’intéresse, c’est ce que la musique fait au reste : à une image, à un geste, à une salle qui attend.
Avant d’écrire une note, je compose une fresque d’un quart d’heure qui ne sera jouée nulle part. C’est ma palette, l’univers sonore propre au projet. J’y cherche les couleurs, les gestes, les mélodies, les tempi, et je laisse la musique en découler. La méthode est née sur le film Arcabas, et je l’ai gardée depuis. Ensuite, une fois la musique validée, je vais au bout : j’enregistre les musiciens et je dirige moi-même ce que j’ai écrit, parce que c’est là que la musique cesse d’être une intention. On entend le résultat sur la page Musique.
Ce que je poursuis à chaque fois, c’est l’élan. Quelque chose qui pousse vers l’avant et qui emmène les gens avant qu’ils aient décidé de suivre. Une musique qu’on peut un peu anticiper, mais pas tout à fait.
Pour l’image : Valaisia, de Tristan Albrecht, où il fallait écrire la musique d’un film qui parle de musique. Arcabas, de Gaëlle Maye, un hommage né à la mort du peintre et qui retrace toute son œuvre. Le Dragon et la Musique, de Camille Müller, un film d’animation joué aussi en ciné-concert. Le film de marque de Valais/Wallis Promotion, sans voix off ni dialogue, où la musique porte seule le récit. Et quatre cartes de vœux filmées pour Raiffeisen Valais, une nouvelle option musicale prise à chaque fois, des bruits de la banque au rap des apprentis, en passant par une fanfare électro et une comédie musicale.
Pour la scène : neuf tournées de cirque. Avec Monti, la musique est jouée en direct par six musiciens, cent trente-cinq soirs par saison, sous un chapiteau de sept cent cinquante places. Avant Monti, il y a eu Starlight. Six spectacles pour La Paternelle au Théâtre de Beaulieu à Lausanne, huit mille spectateurs par production.
Pour les grands rendez-vous : Feodalia, son et lumière symphonique sur les châteaux de Sion. Le jingle officiel et l’Opening Show des Championnats du monde de VTT en Valais, enregistrés avec orchestre et chœur, puis complétés sur scène à trois, deux violons et un marimba. Des œuvres symphoniques portées par l’Orchestre de Chambre de Lausanne et l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich.
J’écris pour septante musiciens d’orchestre comme pour une carte qui tient dans une enveloppe, avec la même exigence. Ce sont les contraintes qui rendent une commande intéressante.
J’ai aussi jugé l’Eurovision, parmi les cinq experts suisses. On suit les prestations en direct et on donne une note globale à chaque artiste, comprenant la composition, la production et la performance, en une seule écoute. Bon exercice pour quelqu’un qui passe le reste de l’année à réécouter.
Tikom est né d’une commande : jouer lors d’une remise de prix culturel. J’ai créé un projet pour répondre à ce genre de demande, et il a fini par prendre le dessus. Un électro lumineux, au sens propre : celle qui pousse vers le haut, à l’opposé des courants sombres. Marimba, darbuka, machines et chants chamaniques, quelque part entre concert et rituel. Les sons y sont enregistrés puis transformés jusqu’à ne ressembler à rien de connu. Sandy Crittin en a signé le design lumière sur Alchimiste et Conscience. Deux albums, une quarantaine de concerts, des Bains des Pâquis à la Foire du Valais, de Morges à Bâle et jusqu’en France, trois invitations au Kiosque à Musiques de la RTS. Et le 1er août à Crans-Montana, joué en direct sur le Lac Grenon devant vingt mille personnes.
J’ai obtenu un second master en composition de musique de film, de théâtre et de média à la Zürcher Hochschule der Künste, après un master à la Haute École de Musique de Genève, où la composition était ma branche principale.
Note d'atelier
La couleur est vibration
comme la musique
Marc Chagall
On dit d’un compositeur qu’il est inspiré, ou qu’il ne l’est pas. Pour moi l’inspiration n’a rien à voir avec la musique : c’est la somme de tout ce qui l’entoure. Un scénario, une didascalie anodine, la lumière d’une scène, les couleurs d’un numéro, la tension entre deux personnages, la manière dont un artiste occupe l’espace. Et surtout le temps passé à parler avec ceux qui font le projet, de leur travail comme du reste. Quand j’ai tout regardé et tout écouté, la musique ne se cherche plus. Elle était déjà là, et n’attendait que d’éclore.
Le plus difficile n’est jamais d’écrire la musique. C’est de savoir quand elle entre, ce qu’elle raconte, combien de temps elle agit, et quand elle doit se taire. Sous un chapiteau comme devant une image, c’est là que tout se joue.